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Politiques Internationales, Réalités Africaines

Education et Culture
Alioune Sall
UNDP African Futures
Abidjan

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Le 26 avril de 2000

Il y a déjà fort longtemps que le rôle de l'éducation dans la formation et l'accumulation du capital humain ne fait plus de doute. Dans un texte présenté au forum de Dakar sur la compétitivité future des économies africaines, Pr. Adedeji relevait qu'Adam Smith et Alfred Marshall, avaient déjà souligné l'importance que revêt l'éducation comme "capital fixe qui bénéficie non seulement à la personne qui l'a acquise, mais également à la société à laquelle cette personne appartient". On peut et l'on doit être critique à l'égard de cette approche de l'éducation comme "capital fixe" et de la notion de capital humain qu'on en dérive. On ne saurait pour autant ignorer qu'aujourd'hui plus qu'hier le potentiel humain d'un pays est décisif, déterminant par rapport à son potentiel physique. Notre monde connaît en effet une mutation fondamentale au travers de laquelle la richesse repose de moins en moins sur des matières physiques mais de plus en plus sur de l'immatériel qui est de l'intelligence humaine, du savoir-faire, des attitudes, des comportements, une capacité d'adaptation et de créativité. Avec la "dématérialisation de la production" (Futuribles) à laquelle on assiste dans les pays industrialisés, c'est dans les inputs intellectuels que l'on cherche et que se trouvent les sources de plus values. Investir dans le développement de la ressource humaine est donc un impératif économique dans ces pays industrialisés car, selon les termes de la Commission Delors, c'est dans l'éducation qu'est caché "le trésor" de la nouvelle économie mondiale.

Dans les pays africains l'intérêt économique de l'investissement dans l'éducation est aussi aujourd'hui reconnu. Les travaux dont Charles Soludo a fait état dans le forum sur la compétitivité mentionné plus haut en attestent largement : la compétitivité des économies africaines sera, dans une très large mesure, fonction de l'accroissement et de l'amélioration de la capacité des Africains à produire des biens et services de qualité. On peut aller plus loin et soutenir l'idée que, même dans un scénario favorable d'accroissement des capitaux en direction de l'Afrique, la productivité totale des facteurs, qui est la clé de la compétitivité, restera illusoire s'il n'y a pas amélioration de la qualité de la main-d'ouvre. Ainsi se trouvent justifiés, au plan économique, les efforts tout particuliers qui doivent être faits afin d'assurer la réforme des systèmes éducatifs et des politiques et programmes de formation pour qu'ils contribuent de façon plus significative au développement de savoirs appropriés, de compétences et d'aptitudes favorables à l'éthique professionnelle, à l'efficacité et à l'innovation.

Auparavant, et de façon plus explicite, l'impact et l'intérêt de l'éducation au plan social avaient été largement établis. L'on se rappelle en particulier les études menées par l'UNESCO (Sources, février 1995) indiquant, par exemple, que la scolarisation des filles se traduit par une baisse de 5 à 10 % de la mortalité infantile et une baisse significative de la fécondité ; les statistiques révélaient aussi une corrélation directe entre les niveaux d'alphabétisation et l'espérance de vie. De telles conclusions avaient conduit Pr. Ki. Zerbo à affirmer que l'éducation des populations était une question de vie ou de mort en Afrique. "Eduquer ou périr" tel est selon l'historien burkinabé, le choix auquel l'Afrique doit faire face.

On ne s'étonnera dès lors point que les Etats africains aient souscrit aux objectifs et buts définis à l'occasion de conférences internationales sur le développement humain : Education (Jomtien, 1990), Enfants (New York, 1990), Environnement (Rio de Janeiro, 1993), Population (Caire, 1994), Femmes (Pékin, 1995), Développement Social (Copenhague, 1995), Alimentation (Rome, 1996), On ne s'étonnera guère non plus que l'Initiative spéciale des Nations Unies sur l'Afrique qui couvre la période 1995-2004 accorde une place primordiale à l'éducation puisque 50% des X milliards de $ requis pour les X secteurs identifiés dans l'initiative devraient être consacrés à l'éducation si l'on veut atteindre en 2004 l'objectif global d'Education pour tous qui avait été retenu pour 2000 par la conférence de Jomtien en 1990. L'on sait que cet objectif est loin d'être atteint, que l'analphabétisme reste un problème très sérieux et qui s'aggrave, avec des taux d'inscription bruts au niveau de l'école primaire inférieurs à 50 % et variant entre 7 à 20 % pour l'enseignement secondaire dans de nombreux pays. On sait également que, sauf renversement de la tendance observée au cours des vingt dernières années à la stagnation, sinon à la baisse des investissements publics dans l'éducation, du fait notamment de la rigueur des programmes d'ajustement structurel, l'Afrique continuera de compter de plus en plus d'illettrés, à un moment où c'est l'inverse qui se passe dans le reste du monde. Une telle perspective n'est évidemment pas acceptable. L'Afrique n'a donc d'autre option que de se mobiliser résolument pour trouver les ressources financières nécessaires à la mise en valeur et au développement de son potentiel humain. En raison de la morosité qui prévaut au niveau de l'APD, de nouvelles sources de financement doivent être trouvées, depuis les ressources internes aux pays jusqu'à l'investissement direct extérieur (IDE).

A supposer que ces ressources puissent être mobilisées, trois questions continueront de se poser. D'abord, celle du contenu de l'éducation. On observe en effet (Sources, 1995) que dans les pays en développement il n'y a pas de grande différence entre le nombre d'années passées à l'école et les taux d'activité. La difficulté à trouver un emploi rémunéré en rapport avec les aspirations nourries à l'école et/ou l'université, et l'incapacité à créer pour soi même une activité rémunératrice en dépit de l'éducation reçue pourrait signifier que le contenu et les normes de l'éducation sont sujets à caution. L'insularité de l'école par rapport au milieu où elle est implantée, le mimétisme des programmes et des calendriers scolaires par rapport aux anciennes métropoles coloniales, les gaspillage induits par la disposition des ressources entre plusieurs départements ministériels, la centralisation excessive du système y compris dans la gestion du personnel constituent, à cet égard, des travers connus, souvent dénoncés, mais qui perdurent sans qu'il soit toujours possible de discerner ce qui relève de l'absence de volonté politique des dirigeants africains, du conservatisme de certaines catégories socio-professionnelles ou de la faible capacité des institutions nationales et internationales à encourager et/ou encadrer l'innovation.

Il y a ensuite la question des choix technologiques opérés dans les pays en développement. Ces choix peuvent permettre peut-être une croissance de la production, mais s'ils ne sont pas bien pensés ils peuvent supprimer plus d'emplois qu'ils n'en créent. Dr. Kane le signalait dans une communication présentée au forum sur la compétitivité mentionné ci-dessus. Mais d'égale importance au moins fondamental que les questions relatives au contenu de l'éducation ou aux choix technologiques des pays africains, il y a celle de l'approche erronée de l'éducation comme un temps dans la vie d'un individu - généralement entre 6 et 20-25 ans, avant l'entrée dans la "vie active"- alors qu'elle devrait en être une dimension permanente, transversale. Comment faire en sorte que les individus et les groupes apprennent à apprendre tout au long de leur existence ? Telle est la question qu'il faut se poser dès lors qu'on reconnaît qu'on ne cesse d'apprendre, (rapport de la commission Faure) et que la capacité d'apprendre constitue, en dernière instance, le seul avantage compétitif durable des individus et des organisations.

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